L'Avennature continue dans les Pyrénées catalanes !

Me voilà de retour dans les Réserves naturelles catalanes, cette fois-ci pour inventorier les Odonates. De belles émotions et observations en perspective, que je m'efforcerai de vous restituer au travers de cette rubrique de l'Avennature. Bonne lecture !

Il pleut, il mouille, c'est la fête à la grenouille !

Le soleil, c’est agréable. La pluie, déjà moins...Mais heureux soit le naturaliste amoureux des amphibiens, car pluie est souvent synonyme de belles observation des ses animaux attachants.

                Or donc, la pluie venant arrosée les paysages arides et desséchés du Coronat suite à un hiver sec et venteux, loin de me morfondre, j’enfile mes bottes et pars au coucher du soleil sur les traces des grenouilles, crapauds et autres salamandres.

                A peine la porte refermée, j’observe à quelques mètres deux salamandres tachetés Salamandra salamandra en divagation.

Salamandre tachetée (Salamandra salamandra).jpg

Salamandre tachetée (Salamandra salamandra).jpg

                Le halo des lampadaires du village trouent de leurs taches dorées l’obscurité sans lune de la nuit. Le son des gouttes percutant la surface du sol emplit l’air d’un doux crépitement, où percent quelques cris flutés : les alytes accoucheur Alytes obstetricans sont également de sorti ce soir. Il ne me faudra pas longtemps pour en croisé un au détour d’une ruelle du village.

Alyte accoucheur (Alytes obstetricans).jpg

                Une autre nuit, un autre endroit, mais toujours à la recherche des amphibiens. Je suis descendu ce WE dans les Corbières, à Opoul-Périllos où j’avais déjà pu l’année passé constater la richesse du site.

                Coincé entre l’entrée du village et une station d’épuration, dans un paysage aride entrecoupé de garrigue et de vignoble, la mare d’Opoul-Périllos résonne d’un concert cacophonique subaquatique. Dans ce petit plan d’eau de quelques centaines de mètres carrés, pas moins de 6 espèces d’amphibiens se côtoient et se reproduisent. Une petite mare proche encore plus petit abritait également 5 espèces, dont 2 différentes.

                Les plus bruyante son sans aucun doute les rainettes méridionales Hyla meridionalis, brunes ou vertes, qui scandent sans relâche leur Croaahh....Croaahh.

Rainette méridionale (Hyla meridionalis).jpg

Rainette méridionale (Hyla meridionalis).jpg

Rainette méridionale (Hyla meridionalis) sur un mur vertical.jpg

Rainette méridionale (Hyla meridionalis) prenant le soleil.jpg

                Mais les crapauds calamite Bufo calamita, aux beaux yeux jaune-vert ne sont pas en reste et distendent leur sac vocal pour émettre leur puissante stridulation aigu.

Crapaud calamite (Bufo calamita).jpg

Crapaud calamite (Bufo calamita) chantant.jpg

                Plus discret est le pélodyte ponctué Pelodytes punctatus, au chant si particulier. Prenez deux boules de pétanque et entrechoquez-les doucement : une imitation quasi-parfaite de son chant. En pleine reproduction, les amplexus étaient nombreux ce soir là, et les chapelets d’œufs enroulés autour des tiges décoraient les herbiers aquatiques.

Pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus).jpg

Pélodytes ponctués (Pelodytes punctatus) en amplexus.jpg

Ponte de pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus).jpg

                Le rare pélobate cultripède Pelobates cultripes, que je n’avais pas observé sur le site l’année passé, s’était cette fois-ci déplacé en nombre. Tapis dans la végétation, ne laissant dépasser que ses yeux globuleux à la surface, il observe les alentours. En effet toute cette agitation n’attire pas que des amphibiens en mal d’amour. D’autres visiteurs, comme cette couleuvre vipérine Natrix maura, ont des intentions bien moins romantiques...

Pélobate cultripède (Pelobates cultripes).jpg

Couleuvre vipérine (Natrix maura) en chasse.jpg

                Le discoglosse peint Discoglossus pictus hante également la mare, quelquefois perché sur un des nombreux déchets la salissant.

Discoglosse peint (Discoglossus pictus).jpg

                Arpentant le fond de la mare, slalomant entre les tiges des hydrophytes, deux dragons rodent par dizaines, chassant et tentant de séduire une partenaire. Ces dragons, vous l’aurez compris, ne sont pas des reptiles mais des tritons : le triton marbré Triturus marmoratus et le triton palmé Triturus helveticus, bien différents par la taille et la teinte. Ils étaient tous deux présents en nombre.

Triton marbré (Triturus marmoratus).jpg

Mais où est le triton palmé (Triturus helveticus) ?.jpg

                La dernière espèce observée, peut-être la plus commune en France, n’était à priori représentée ici que par un seul individu : le crapaud commun Bufo bufo.

Crapaud commun (Bufo bufo).jpg

 

La chouette perlée

                Si en mars la nature commence tout juste à sortir de sa longue léthargie, ce n’est pas le cas de l’étonnante et perpétuelle étonnée chouette de Tengmalm. Etonnante pas sa petite taille et son chant à tonalité d’ocarina, étonnée pas sa splendide bouille à l’expression stupéfaite. Ce petit rapace nocturne de moins de 30 cm fait entendre sa douce phrase « pou-po-po-po-po-po-po » dés la fin de l’hiver.  C’est alors le meilleur moment pour rechercher cette espèce, par ailleurs extrêmement discrète le reste de l’année. Ces mœurs strictement nocturnes la rendent très difficile à observer autrement qu’au nid.

                Sachant que la période était très propice à contacter l’espèce, j’ai décidé de tenter ma chance sur le massif, mais sans grand espoir. Et pourtant, dés le crépuscule arrivé, la douce phrase flutée de la chouette résonna dans le silence nocturne, à bonne distance de ma position.

                Deux jours plus tard, me voilà de retour accompagné cette fois d’un technicien. Notre objectif était de confirmer la présence de l’oiseau, et d’éventuellement préciser sa localisation. Le chanteur était au rendez-vous et dans la même direction que l’avant-veille, bonne nouvelle.

                Après 10 minutes de crapahutage dans les bois, nous débouchons sur une crête, et là, surprise, la chouette était beaucoup plus proche que prévu ! L’excitation était à son comble. L’oiseau nous ayant probablement entendu approcher, il se déplace et chante tout près de nous. Nous décidons de nous immobiliser le temps qu’elle s’habitue à notre présence et en profitons pour grignoter un peu. Quelques minute plus tard, elle retourne à sa position initiale, et se met à chanter avec excitation sans discontinuer : « Pou-po-po-po-po-po-po-po-po-po... » indiquant par là qu’elle chantait dans sa cavité !!

                En s’approchant à pas de loup, nous atteignons le pied d’un arbre chandelle d’où semblait provenir le chant....Sortant d’un trou à 5 ou 6 mètres de hauteur, deux grand yeux jaunes au regard étonné scrutait la pénombre avoisinante. La petite tête ronde vibrait au rythme des sons flutés qui s’en échappait, dans une sorte de transe où notre présence semblait ne pas l’atteindre.

Chouette de Tengmalm dans sa cavité.jpgChouette de Tengmalm chantant dans l'obscurité.jpgChouette de Tengmalm en

Moment magique hors du temps...émotions garanties...

La dernière donnée certaine pour le massif remontait à 1981...

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Le Matou des bois

S’il y a bien un animal incarnant la discrétion, le mystère et la douceur, c’est sans doute le chat forestier ou chat sauvage, de son vrai nom Felix sylvestris. Contrairement à se que son nom semble indiqué et à l’image que l’on en a classiquement, ce félin n’habite pas forcément les forêts denses. Il semble en effet tout à fait pouvoir s’accommoder de landes semi-ouvertes comme c’est la cas ici, sur le Coronat.

Le chat forestier semble bien implanté sur le massif, mais aucune donnée n’existe sur son taux d’introgression par le chat domestique. En effet, les deux taxons très proches peuvent s’hybrider et on assiste alors à une sorte de "pollution" du patrimoine génétique de l’espèce sauvage par celui « dégénéré » du chat domestique. La mesure de ce taux d’introgression devient donc indispensable pour déterminer l’état de conservation de cette espèce patrimoniale sur le massif.

Or, cette mesure nécessite d’avoir accès à du matériel génétique de chats forestiers, mais aussi de chats domestiques des villages avoisinants. C’est pourquoi les crottes de chat fraîches (maximum 48h) sont récoltées sur le terrain, puis congelées en attendant d’être envoyées au labo. Elles se reconnaissent à leur taille relativement importante et leur aspect compact en boudin, avec souvent un bout pointu et un petit boudin séparé.

Crotte de chat forestier.jpg

J'ai déja pu récolter quelques crottes dans le cadre de mes pérégrinations sur la RN de Jujols afin d'alimenter cette étude.

La rencontre direct avec l’auteur de ces laissés est un événement rare, mais qui sais ? Peut-être aurais-je l’occasion de croiser son chemin dans les mois à venir ? Croisons les doigts et ouvrons l’œil ! 

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